L’Education Nationale (suite)

En mars 2022 Alain du Finistère proviseur honoraire avait évoqué un sujet sensible au sein de l’Education nationale.

Il nous en livre ici la seconde partie toute aussi fondamentale.

Sur l’Education dite Nationale, dans la perspective de la retransformer en Instruction Publique … 

Après l’observation de l’autorité (peu) appliquée aux élèves, considérons comment, dans la vie professionnelle des enseignants, elle est l’objet d’un déni : rien ne conforte ce qui devrait être le soutien permanent de l’enseignement .

Quelques exemples concrets : les grandes idées sont souvent propagande ou affichage de communication, alors que la vie de chaque jour est significative des grandes idées en place, même inavouées. Exemple : Que se passe-t-il lorsqu’un enseignant est mis en cause par un parent d’élève, peu importe l’objet de la critique : enseignement, discipline en classe, exigence quant au travail de l’élève, etc ? 

Neuf fois sur dix, il ne sera pas soutenu par son Chef d’Etablissement. Le principal motif étant que, si le parent fait appel à l’autorité académique (départementale ou rectorale), le Chef d’Etablissement lui-même ne sera pas soutenu ! Par principe, les parents d’élèves seront approuvés par la mise en oeuvre du principe « ne pas  faire de vague« .

Même si la hiérarchie ne condamne pas ouvertement l’enseignant par une réaction favorable à la récrimination du parent, il est sûr et certain que, oralement (rien n’étant jamais écrit bien évidemment !), elle enjoindra au Chef d’Etablissement le conseil d’obtenir, à l’avenir, une plus grande « prudence«  de l’enseignant. Autrement dit : celui-ci est seul face à une critique du parent, donc seul face à l’élève dont le parent aura compris que sa critique a porté des fruits. Le professeur percevra une diminution de son autorité, non par sa faute, mais par celle de l’administration qui n’aura pas défendu un serviteur de l’éducation publique.

Car il s’agit bien d’éducation. Laisser sans soutien quelqu’un chargé d’éduquer des jeunes, le laisser sans cette justification élémentaire dans son œuvre de formation, c’est admettre que, dans un jardin, le tuteur du jeune plant puisse ne pas être droit et rigoureux. 

Le jeune qui sent son professeur sans soutien va comprendre qu’on peut l’influencer par des forces extérieures – en l’occurrence, ses parents, même incompétents en matière d’enseignement – c’est à dire cette relation particulière qui existe entre leur enfant et son professeur. 

Cette trahison de l’enseignant par ses supérieurs fausse complètement sa relation avec ses élèves et par voie de conséquence entre lui et sa hiérarchieDésormais il lui faudra du courage et de la constance pour ne pas qu’un choix lui soit ouvert entre exigence pédagogique et laisser-aller, opter pour la solution qui lui évitera des récriminations de parents ! Puisque la hiérarchie l‘incite à alléger ses exigences, pourquoi « pousser le bouchon« ? Tout le monde n’est pas héroïque … 

D’autant que, lorsque le Chef d’Etablissement aura quelque chose à reprocher à l’enseignant, celui-ci aura vite compris que le recours à l’autorité supérieure (départementale ou rectorale) par l’enseignant ou plus efficacement par son syndicat, aura un effet identique sur le Chef d’Etablissement ! La hiérarchie fera comprendre à ce dernier, neuf fois sur dix, qu’autorité ne doit pas être confondue avec autoritarisme, que le rôle du Chef n’est pas de harceler ses subordonnés, etc... Autrement dit, encore et toujours : même si le reproche du Chef d’Etablissement est justifié, le simple recours contre ce reproche rend ce dernier « coupable » d’abus d’autorité … 

Alors, comment faire pour que, vaille que vaille, la machine continue de fonctionner ? Parce qu’il faut bien pour faire tourner un Lycée ou un Collège de plusieurs centaines voire milliers d’élèves, qu’un minimum d’autorité et de régulation soit respecté ?

Le cœur du problème !

Imaginons par exemple qu’un professeur arrive régulièrement en retard le matin, juste quelques minutes. Est-ce bien grave ? Assurément moins que de rater un train ou un avion. Néanmoins l’exemple donné est déplorable pour la bonne raison que l’exemple en matière d’éducation est fondamental ! Qui plus est, une organisation complexe et précise comme celle d’un Etablissement de plusieurs dizaines de classes a besoin de rigueur pour fonctionner correctement. Un professeur en retard, cela signifie des élèves sans maître, une surveillance suppléante à mettre en place. Bien que d’une gravité toute relative cela s’ajoute en surpoids au fonctionnement normal de la machine. Arrive un moment où trop, c’est trop, et où ce retardataire chronique se voit signifié par son Chef d’Etablissement qu’il est indispensable d’arriver à l’heure et de prendre en charge ses élèves à l’heure ! 

C’est  que le système démontre jusqu’où aller dans le flou et le laisser-aller …

Neuf fois sur dix, le professeur va reconnaître la « faute«  même si elle n’est que vénielle et, peu ou prou, il s’amendera.Il n’y a pas mort d’homme, c’est exact, on peut redresser la barre sans difficulté surhumaine . 

Mais, une fois sur dix, le coupable, au lieu de redresser la barre, va saisir son syndicat … Alors commence un parcours intéressant. D’abord, le délégué syndical d’Etablissement qui sait pertinemment que tel professeur, son collègue et ami, arrive régulièrement en retard. Il défendra auprès du Chef d’établissement une cause indéfendable – et dont il sait bien qu’elle l’est, puisqu’il la constate lui-même ! L’affaire pourrait en rester là. Quelques promesses et retour au calme jusqu’au prochain retard du retardataire. Il faudra bien alors qu’une nouvelle entrevue « syndicale » ait lieu. Le retardataire redemandera très certainement à son syndicat de le défendre CONTRE son Chef d’Etablissement. C’est le début d’une escalade dont la fin est connue d’avance. Le délégué syndical d’Etablissement fera appel au délégué syndical départemental ou, mieux, académique. Ceux-ci s’adresseront au Directeur Départemental de l’Education Nationale voire au Recteur d’Académie, dont l’un des adjoints se fendra d’une note écrite ou verbale au Chef d’Etablissement pour lui faire comprendre que l’autorité et la rigueur, c’est bien, mais que le « pas-de-vague » avec les syndicats, c’est encore mieux !!!

En définitive, qui commande, dans cette énorme machine qu’est l’Education Nationale ? 

Il faut malheureusement le reconnaître : ce sont les syndicats enseignants. Les personnels sont si nombreux, ce qui fait leur puissance, qu’à la moindre menace de grève, la hiérarchie s’incline lamentablement. Une menace de grève dans un seul Etablissement, avec l’arsenal potentiel de pétition, l’appel aux médias, la distribution de tracts, etc … fait céder l’Administration – pour quelle raison ? Parce qu’un professeur arrive régulièrement en retard … 

L’exemple choisi est volontairement anodin. Un retard régulier d’un enseignant n’est en fait qu’un léger dysfonctionnement bien que ce soit surtout un mauvais exemple donné aux élèves. Néanmoins, à partir d’un incident pourtant bénin, le fonctionnement effectif de cette énorme machine qu’est l’E.N. est mis au jour : les syndicats dirigent, avec pour seul objectif la défense inconditionnelle des syndiqués et la main mise sur les rouages du système éducatif au seul bénéfice des personnels – et non pas de l’éducation des élèves – bien que toujours mise en avant mais utilisée comme simple prétexte.

Et les exemples sont légion. 

Poursuivons l’illustration du propos par un autre exemple, celui de l’avancement des enseignants. Imaginons qu’un enseignant parvienne au sommet de son échelle de rémunération vers 50 ou 60 ans, selon qu’il soiou non très bien noté. Notons que, s’il débute sa carrière à un âge moyen normal aux environs de 25 ans, il atteindra, comme tous ses collègues, le sommet de son échelle. Ce en quoi il y a une anomalie puisque ne pas donner satisfaction n’empêche pas d’y arriver.

Question : quels sont les critères d’évaluation d’un enseignant ? Deux éléments d’appréciation entrent en jeu : une composante « administrative », une composante « pédagogique ». 

Cette dernière est donnée par l’Inspecteur Pédagogique, qui inspecte le professeur dans sa classe, en présence des élèves, au moment du cours : le professeur est jugé dans l’exercice de sa fonction d’enseignant. Bien, direz-vous, voilà un jugement fondé sur la raison d’être de l’enseignant ! Oui, sauf que l’Inspecteur n’est pas libre de noter le professeur comme il l’entend . Des règles (écrites ou non … ) obligent à noter modérément un jeune professeur et plus généreusement un chevronné : un jeune professeur brillant et efficace ne peut qu’être noté plus faiblement qu’un ancienennuyeux et peu enthousiaste ! D’autres normes, moins écrites encore que les premières existent comme par  exemple, selon qu’il enseigne en Collège, en Lycée ou en Classe Préparatoire de Lycée … le professeur ne pourra être noté qu’à l’intérieur d’une fourchette de points qui tient compte du « prestige«  de l’Etablissement concerné !!! Un jeune et excellent professeur en Collège ne pourra pas obtenir une note comprise dans une fourchette réservée aux collègues enseignant dans un Etablissement mieux côté.

Une échelle de notes jésuitique qui trouve son explication dans une raison bien simple : les syndicats, défenseurs en priorité des vieux « éléphants«  ont imposé à l’Administration des habitudes favorisant les chevronnés au détriment des débutants. 

La même conception prévaut aux nominations : on met sur les postes les plus intéressants les vieux expérimentés et sur les postes les plus difficiles (en banlieue …) les plus jeunes dont les anciens ne veulent pas. Les débutants, qui pourtant n’ont pas toujours la capacité à répondre aux difficultés de ces postes sont ainsi défavorisés. Le résultat se comptabilise en un nombre important de démissions, de vies brisées ou accidentées … Sans compter, et ce n’est pas négligeable, le préjudice subi par les élèves. Les plus en difficulté ne seraient-ils pas mieux aidés par des enseignants aguerris ? 

Second critère de notation qui permet de grimper plus ou moins vite l’échelle des rémunérations ou d’obtenir un poste souhaité : la composante « administrative ». Elle prend en compte la manière dont le fonctionnaire participe à la bonne marche de son service comme sa ponctualité par exempleCe n’est qu’un élément au demeurant objectif, « factuel« comme on dit maintenant mais néanmoins influenceur.

D’autres aspects de la vie professionnelle de l’enseignant sont pris en compte tel sa participation aux activités pédagogiques et éducatives de l’Etablissement (indépendamment de l’enseignement et de la partie strictement pédagogique). Accompagne-t-il des élèves dans des visites extérieures, participe-t-il à des clubs éducatifs ( club-photo, club-théâtre etc … ). Est-il un simple dispensateur de cours ou exerce-t-il une activité éducative en plus de son métier stricto sensu ?

On entre dans un domaine plus flou, sujet à interprétations, il devient plus délicat de « juger » et de noter. On imagine immédiatement combien il va être délicat, pour le Chef d’Etablissement chargé de cette notation « administrative » de tenir compte de la vraie réalité, en oubliant les contraintes syndicales ou hiérarchiques qui vont peser sur ses épaules ! Comment s’adapter à un tel carcan psychologique ? S’il a compris le fonctionnement de la machine, il évite les vagues en adoptant une position des plus prudentes, c’est à dire la plus « moyenne » sachant que sa tâche est fortement encadrée par sa hiérarchie qui lui impose des barèmes à respecter dont les syndicats et les syndiqués sont informés et dont ils vérifient minutieusement l’application .

Le jeune professeur ne peut pas obtenir une note maximale quelque que soit la qualité de son travail de même qu’un professeur expérimenté ne peut pas se voir attribué une note trop basse même si son travail laisse à désirer. Le premier se retrouvera forcément dans le bas de l’échelle de notes et un ancien dans les hauteurs ! 

Le « rayonnement » vient compliquer ce processus de notation par son aspect encore plus flou et subjectif.

Qui n’a pas connu de professeurs admirés et appréciés et d’autres détestés et craints. D’année en année, ce sont les mêmes. Les anciens élèves en parlent librement, les parents franchement et les enseignants également qui finissent par laisser filtrer le jugement qu’ils portent sur leurs « chers«    collègues. Relevons à ce propos un signe amusant qui dénote une certaine mentalité : lorsque les enseignants sont aussi parents d’enfants scolarisés dans l’Etablissement où ils exercent, on constate que ce sont toujours les mêmes collègues qu’ils viennent suggérer au Chef d’Etablissement pour leur progéniture. Ubien grand non-dit de l’Education Nationale !!!

Ce qu’il faut retenir est clair : la notation des enseignants renforce l’impossibilité de sanctionner avec justice les bons autant que les moins bons. La conséquence en est qu’il faut être un héros pour effectuer un travail difficile en sachant que, de toutes les façons, le mérite ne sera reconnu que de façon modérée. 

Si les pilotes étaient jaugés ainsi, les avions voleraient moins vite, moins loin … et moins longtemps . 

Le résultat est que, dans son inconscient, l’enseignant intègre l’inexistence de l’autorité nécessaire à la manifestation d’un ordre, lui-même indispensable à la bonne marche d’un système humain et efficace. Partant, le système ne fonctionne que selon des lignes floues, moyennes – et indifférenciées : tout le monde est intégré dans le même moule. En géologie, on parlerait de la ligne de la plus grande pente. La nature et l’individu n’agissent que selon le mode le moins pénible et qui provoquera le moins de « vagues ». 

Aussi l’autorité, qui consiste non à brutaliser les gens, mais à tenir la barre, n’est plus le fondement de l’éducation. Aux yeux des élèves tout d’abord et c’est le plus grave, mais aussi à ceux des enseignants. On comprend la grande déliquescence du système éducatif. Si le tuteur n’est pas droit, le scion ne poussera non pas verticalement mais de façon anarchique. 

Seuls quelques exemples de l’impossibilité d’exercer une vraie autorité dans la vie professionnelle enseignante ont été évoqués ici. Il convient de noter encore une fois combien cette autorité n’est pas le but du système éducatif ou de son représentant, le Chef d’Etablissement. Sans faire d’angélisme, au vu du grand nombre d’enseignants, il est statistiquement prévisible de trouver quelques brebis galeuses dans le troupeau. Il est parfaitement normal de pouvoir en préserver les élèves – mais cela est impossible par la tyrannie des syndicats attachés à la lutte des classes et à sa traduction hiérarchique. Le peuple des enseignants devrait être défendu contre la caste des Chefs et tout ce qui enamoindrirait la capacité de ces derniers à diriger la barque serait le bienvenu. Absurde, certes, mais il en est ainsi pour rendre au Sachant, dispensateur de savoir, tout comme au système éducatif dans son ensemble deux de ses principales valeurs fondamentales : l’Autorité sur le disciple et le Respect qui lui est dû.

L’autorité nécessaire pour tenir la barre n’est conçue par les syndicats que comme la manifestation d’une tyrannie. Partant d’une prémisse aussi fausse, on ne peut parvenir qu’à des conclusions erronées, le système dans intégralité est faussé.

Et c’est malheureusement le cas au sein du « mammouth » comme le nommait Claude Allègre…   

Alain (Finistère) proviseur honoraire

Note personnelle de l’auteur du site : Les syndicats !!! Où étaient-ils lorsque celle qui aujourd’hui est le Premier Ministre du second quinquennat de Macron, Borne, la ministre du Travail à l’époque a décidé que certaines personnes seraient simplement jetées à la rue sans indemnité, sans salaire, sans chômage, sans RSA, SANS RIEN pour vivre ? Simplement parce qu’elles refusaient de recevoir l’inoculation de substances de thérapie génique en phase d’essai !
Sans les subventions conséquentes que leur versent les pouvoirs publics en prélevant sur nos impôts seraient-ils incapables de subvenir à leurs propres besoins par leur activité « syndicale ». Il est temps de supprimer les subventions à ces médias appartenant à de grandes fortunes et à ces syndicats si peu utiles. Que chacun se prenne en charge pour assurer ses fins de mois sans que ce soit les impôts d’une population laborieuse ou retraitée qui les gave de subventions publiques.

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