Francophonie, adieu ?

De grandes et belles personnes, Molière, Voltaire, Balzac, Proust, Stendhal, Beaudelaire, Camus, Sartre, De Beauvoir et tant d’autres ont contribué à façonner la langue française et la porter au sommet des belles lettres dans le monde entier. 

La décrépitude de la France dans de nombreux secteurs, dont celui de l’enseignement de notre langue est acté et nous ne pouvons que le regretter fortement. Puissent des ministres et hauts fonctionnaires sérieux de notre Education Nationale reprendre en main ce désastre annoncé avant que les livres de grammaire française ne finissent au pilon en vue de recyclage.

La francophonie est une grande et belle image de la France et l’on ne peut que s’offusquer devant l’initiative de francophones étrangers s’arrogeant le droit de la remodeler à leur sauce pour en faciliter l’apprentissage par des gens venus d’ailleurs et ne souhaitant visiblement pas faire l’effort de l’apprendre telle qu’elle existe.

Voici ce qu’écrit un ami suisse, docteur es lettres, sur ce qui se prépare dans son pays.

La situation du canton de Fribourg, dont le chef-lieu, Fribourg, est officiellement bilingue, et deux districts sur sept sont entièrement (la Singine) ou essentiellement (le Lac) alémaniques, fait que l’influence alémanique y est très forte. Il en résulte une prégnance de plus en plus sensible de ce que j’appelle l’esprit «bisounours». Les Alémaniques étaient autrefois stricts, voire raides, intransigeants sur la discipline, l’observation des règles, une certaine rigueur protestante qui en faisaient les principaux officiers dans l’armée suisse. Ils ont, en revanche, été les plus réceptifs à la mentalité de mai 68 et ont très tôt adopté tous les codes qui vont de ceux des hippies aux écolos les plus fanatiques, et surtout une sorte d’angélisme qui les pousse à tolérer tout ce qui est en train de nous détruire : préférence de l’Autre, ouverture totale des frontières, bienveillance envers la crapule plutôt qu’envers leurs victimes.

Il n’est donc pas surprenant que les directeurs (ministres) de l’Instruction publique se soient entendus pour adopter le français rectifié, lequel va consister à gommer tout ce qui peut présenter des difficultés grammaticales, lesquelles, qu’on le veuille ou non, participent de la complexité et de la grandeur de notre langue. Les raisons de départ sont claires : il faut que les migrants se sentent à l’aise avec une langue que l’on atrophie et simplifie pour leur complaire. 

Les conséquences sont effarantes : comme la langue adoptée sera ensuite très certainement acceptée en classe, les élèves francophones, suisses ou non, s’y conformeront. Dans moins d’une génération, leurs capacités en français seront si limitées que la littérature leur deviendra un problème (pour les auteurs contemporains) ou une énigme (pour les auteurs antérieurs au XIXe ou même au XXe siècle).

Un prélude à la dégénérescence totale de notre civilisation, déjà bien appauvrie.

Il a donc adressé une lettre ouverte aux autorités responsables, espérons que ces gens là prendront conscience de l’énormité de l’outrage qu’ils envisagent de réaliser à l’encontre de notre belle langue française. 

ASSASSINER LA LANGUE FRANÇAISE EN LA RECTIFIANT !

LETTRE OUVERTE A LA CONFERENCE INTERCANTONALE DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE DE LA SUISSE ROMANDE

Jamais l’ancien professeur que je suis n’aurait cru qu’il dût un jour tancer ceux qui furent administrativement ses supérieurs ! Et qu’il dût s’y résoudre parce qu’ils se rendraient coupables de forfaiture ! Car tel se nomme le crime par eux commis : la violation du serment de foi prêté en prélude à l’exercice de leurs fonctions officielles.

Ainsi, à l’heure où les patries européennes sont attaquées de toute part, où les autorités politiques ont peu à peu abandonné des pans entiers de souveraineté, laissant des juges étrangers (CEDH), un organisme supranational (Union européenne) et des forces subversives des mondes économique (grandes banques internationales d’affaires, entreprises multi- et transnationales), sociétal, social décider du sort de nos nations et de nos peuples, ceux qui ont pour tâche de préserver l’intégrité intellectuelle et culturelle de notre civilisation, les ministres de l’éducation des cantons romands, entreprennent à leur tour de frapper au cœur l’héritage des citoyens dont les pères, les ancêtres ont bâti la patrie. Patrie dont la terre contient, à jamais sacrés, le sang, les os, les cendres.

Aveu terrible de trahison déjà face à l’Autre que la suppression de la préférence nationale ; l’indulgence systématique de ce qu’on nomme encore par dérision la justice envers la canaille, le criminel, surtout lorsqu’il vient d’ailleurs, tandis que l’honnête citoyen est lourdement condamné, quel que soit le cas, et interdit de cette légitime défense qui permet de protéger les siens, son bien, sa vie ; l’encouragement programmé d’un afflux sournois mais régulier d’individus et de groupes étrangers à nos mœurs, nos coutumes, nos cultures, nos patries et qui souvent les haïssent. Ainsi se constitue un contre-peuple dont des forces occultes attendent qu’il prenne un jour notre place, engageant un métissage qui est la forme la plus sournoise du racisme puisqu’il ne saurait aboutir qu’à la suppression des ethnies qui constituent la richesse de l’humanité, c’est-à-dire sa diversité.

Il ne manquait à ce terrible tableau que l’acte qui frappât au cœur même du citoyen amoureux de sa patrie et fier de son héritage : l’outrage fait à sa langue.

Par démagogie, mais peut-être également par quelque motivation inavouée, vous avez, après l’acceptation de la lèpre inclusive, née dans des cerveaux malades, pris la responsabilité de rompre le pacte tacite qui est au centre de toute civilisation : celui qui enjoint de présenter à l’étranger qui la plupart du temps feint de vouloir adopter les codes nationaux, un ensemble linguistique indivisible qu’il se doit de respecter, d’assimiler, de servir, quelles que soient les difficultés qu’il rencontre. En l’occurrence, c’est du français qu’il est question. Notre français. Avec sa richesse, ses particularités, les exigences de sa grammaire et de son vocabulaire. Vous qui êtes responsables au plus haut point de sa transmission intégrale, vous jetez à la poubelle ce qui doit être à tout prix préservé : la loi infrangible selon laquelle il appartient à l’Autre de monter jusqu’à notre langue, et non à notre langue de descendre au niveau de l’Autre.

Or, en choisissant de sacrifier notre langue, de la faire déchoir du degré d’excellence qui est le sien et de la rabaisser, de violer son intégrité, de déchirer le tissu somptueux qu’elle a reçu des siècles, tissu confectionné notamment par les génies de nos littératures francophones, vous prenez la responsabilité abjecte, immonde, odieuse d’engendrer, d’ici dix ou quinze ans, des cohortes puis des générations d’illettrés, d’analphabètes, aliénés à leur propre culture, à leur propre histoire, à leur âme même et à celle de leurs ancêtres. Des générations incapables à jamais de déchiffrer non seulement Rabelais, Ronsard, Montaigne – c’est pratiquement déjà le cas aujourd’hui – mais Molière, Chateaubriand, Hugo, Lamartine, Proust, Montherlant, voire une simple lettre officielle ou un misérable prospectus.

Mais peut-être est-ce là votre but : participer à ce Mondialisme qui a pour objectif de réduire les masses citoyennes à l’état de troupeau, de bétail, dont la pitance intellectuelle, se réduisant à quelques phrases communicationnelles simplistes, suffira à ce qu’il fonctionne, c’est-à-dire travaille, survive, obéisse et la plupart du temps se taise. 

J’aimerais pouvoir affirmer que nos descendants vous jugeront. Je crains toutefois qu’ils ne soient devenus simple cheptel décervelé, ânonnant des mots sans suite et de toute manière tronqués. Incapables de comprendre le monde dans lequel, tels des ruminants en stabulation semi-libre, ils s’agiteront, ils auront oublié qu’il fut un temps où des notables, ayant forfait à leur devoir, s’étaient attachés à leur préparer le monde de cauchemar dans lequel ils seront désormais condamnés à gémir. 

Michel Bugnon-Mordant, professeur honoraire (Suisse)

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