Radicalisation islamiste …

Le développement d’un « séparatisme islamiste » dans les territoires de la république s’est accéléré au cours des vingt dernières années.

L’islam, aujourd’hui la deuxième religion en France, a muté au cours des trente dernières années. Loin de « l’islam des caves », il est aujourd’hui visible dans les territoires et installé dans l’espace public. La France compte de grandes mosquées, capables de recevoir plus de mille fidèles lors de la prière du vendredi, parfois plusieurs dans une même commune. La construction d’édifices religieux est un vecteur à part entière de l’affirmation de l’islam dans la société française.

Capable de lever les capitaux nécessaires à ces constructions, l’islam est, contrairement aux idées reçues, une religion « riche », avec des « activités commerciales » rentables comme le hadj, le rapatriement de défunt et le halal. L’ancien préfet Michel Auboin estime que « la construction de chaque mosquée a coûté en moyenne plus de 2 millions d’euros », si bien que l’ensemble de ces édifices religieux représente « un capital financier de plusieurs milliards d’euros ».

Une frange croissante des musulmans observe par ailleurs l’ensemble des préceptes théologiques : les prières quotidiennes, le port du voile, la distance nécessaire entre les hommes et les femmes, le respect des interdits alimentaires, autant de règles qui inscrivent l’islam dans l’espace public. 

Que l’islam atteigne en France une place similaire à celle des cultes anciennement implantés comme le catholicisme, le judaïsme et le protestantisme est en lien avec l’évolution de la société française elle-même. On peut d’ailleurs noter que l’islam n’est pas la seule religion dynamique dans les quartiers populaires. De nombreuses religions militent dans les quartiers relevant de la politique de la ville, notamment les églises évangéliques. Dans la ville nouvelle d’Évry , par exemple, « on trouve l’ancienne plus grande mosquée d’Europe, la plus grande pagode d’Europe, la dernière cathédrale construite en Europe, mais aussi les lieux de culte de douze autres religions ». 

Mais, au cours de ses huit mois d’investigation, la commission d’enquête du Sénat s’est vue confirmer une réalité, parfois contestée et trop longtemps sous-estimée: la société française doit désormais faire face au défi de « l’islamisme » en tant qu’idéologie. 

Michel Aubouin a ainsi affirmé : « Au risque de fâcher mes anciens collègues, je vais vous répondre sincèrement : il y a une forme de myopie et une grande méconnaissance de l’islam politique. » Ce constat, comme l’a noté Bernard Rougier, professeur de civilisation arabe contemporaine à la Sorbonne Nouvelle, et directeur de l’ouvrage « Les territoires conquis de l’islamisme » touche également les responsables politiques nationaux et locaux mais aussi le monde universitaire. 

La commission d’enquête insiste sur l’importance de la terminologie. La radicalisation islamiste est portée notamment par un projet politique, « l’islamisme », soutenue par des États, des groupes, ou des individus. 

Pour Mohammed Moussaoui, président du Conseil français du culte musulman (CFCM), « l’islamisme » aurait aujourd’hui une « connotation négative » alors que « sa signification littéraire se réfère à celui qui se réclame de l’islam », au même titre que les termes « bouddhiste », « hindouiste », « judaïsme » ou encore « christianisme ». Il dénonce une prise d’otage intellectuelle par « des extrémistes » qui se seraient approprié cette notion afin de « l’instrumentaliser ». 

La commission d’enquête refuse tout simplisme et insiste sur la distinction entre l’islam en tant que religion et l’islamisme en tant qu’idéologie. Comme le relevait une des personnes auditionnée à huis clos : « La radicalisation terroriste n’est qu’un mode d’action d’un phénomène beaucoup plus vaste, qui est une idéologie très puissante : l’islamisme ». 

Cet « islam politique » reflète une volonté hégémonique reposant sur la prise de contrôle de tous les champs de la vie sociale grâce à un « soft power » religieux basé sur l’endoctrinement. Son développement dans la société française est dû à des causes à la fois exogènes et endogènes. 

Ghettos communautaires, contre-sociétés, écosystèmes, enclaves, où, quelle que soit la terminologie employée, les conséquences de l’islamisme sont aujourd’hui pleinement perceptibles. Qu’il s’agisse de chercheurs, d’élus locaux, d’agents publics ou encore de personnes du monde associatif et de la société civile, tous partagent un même constat : la France fait face à un « séparatisme islamiste ». 

L’expression a d’ailleurs été consacrée par le Président de la République lors de son discours du 18 février à Mulhouse, qui a décidé de faire de la lutte contre ce phénomène une « priorité » de la deuxième partie de son quinquennat. Il lui appartient de faire de cette déclaration une réalité. 

Extrait du rapport du Sénat, à suivre …

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